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Le 03/03/2010 à 15:09:38, Françoise Appy a dit :

Je me permets de vous livrer quelques remarques qui pourront peut-être vous aider à poursuivre votre réflexion. Etant enseignante en France, elles s'appuient bien sûr sur mon expérience personnelle et sur les problèmes éducatifs dans mon pays.

« Quel que soit le système, quand l'enseignant est bon, l'élève l'est aussi.» Voici soulevée, en quelques mots, la question essentielle de la responsabilité professionnelle de l'enseignant. Néanmoins, je préfèrerais parler d'enseignant efficace, le terme « bon » étant à mon sens trop connoté dans un registre personnel et trop éloigné d'une approche professionnelle. Pour l'élève, on peut parler de réussite scolaire, c'est-à-dire d'atteinte des objectifs définis par les programmes.

Autrement dit, qu'est-ce qu'un enseignant efficace? Les recherches sur les pratiques pédagogiques efficaces se poursuivent depuis presque 40 ans ; elles ont été initiées par Barak Rosenshine et son équipe, aux Etats-Unis. Il s'agissait d'aller observer les façons de faire des enseignants obtenant de bons résultats avec leurs élèves (dont beaucoup étaient issus de milieux défavorisés) ; soulignons au passage, l'originalité de la démarche par rapport aux pratiques usuelles consistant à imposer une méthode pédagogique basée sur des hypothèses non vérifiées à grande échelle. De ces très nombreuses études, il est apparu un modèle pédagogique efficace auprès de tous les publics d'élèves, l'enseignement explicite (www.3evoie.org ) . Actuellement Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard poursuivent ce travail en langue française.

Mais la prise de conscience de l'inégalité des méthodes pédagogiques en matière d'efficacité avait déjà, bien avant cela, été mise en exergue par les résultats du projet Follow Through, mis en place en 1968. Il s'agit de la plus grande étude longitudinale destinée à comparer 9 approches pédagogiques ; elle dura une dizaine d'années et impliqua 70 000 élèves de 180 écoles, de tous milieux. Il en ressortit que, de loin, le modèle le plus performant était le Direct Instruction, pratique pédagogique explicite et structurée.

Ainsi, l'enseignant aura beau faire de son mieux et être très consciencieux dans sa tâche, s'il utilise une méthode inefficace, les élèves n'apprendront pas. On peut en conclure qu'un « bon » enseignant doit être un enseignant efficace et utiliser une méthode pédagogique reconnue comme telle. Son statut de professionnel doit lui permettre d'avoir une bonne connaissance des études réalisées sur la question et de choisir, en connaissance de cause, la méthode la mieux adaptée. Il est redevable des résultats obtenus. Mais pour que cela puisse être, il faut une formation professionnelle pluraliste (présentant plusieurs méthodes pédagogiques et leurs rapports aux résultats) et une liberté pédagogique réelle accordée à chaque enseignant. L'efficacité de l'enseignant n'est pas de l'ordre d'un quelconque charisme personnel, ou d'une personnalité hors du commun, elle est liée directement à son savoir pédagogique.

Aborder la question de l'efficacité est souvent mal prise par les enseignants qui se sentent tout de suite mis en cause sur un plan personnel. C'est normal, on leur a imposé depuis des décennies des méthodes pédagogiques inefficaces, on les a formatés à certaines pratiques présentées comme vérités pédagogiques universelles et maintenant on vient leur reprocher leurs piètres résultats en leur laissant sous-entendre qu'ils n'ont pas, personnellement, su s'y prendre. Il y a de quoi être amer. Il est donc temps, il me semble, d'enfin oser se pencher sur les méthodes pédagogiques et de constater que toutes ne se valent pas. C'est là le cœur du problème.

Pour conclure, je dirais, sur la trace d'Engelmann (à l'origine du Direct Instruction), que « si l'élève n'a pas appris, c'est que l'enseignant n'a pas enseigné »( If the student hasn't learned, the teacher hasn't taught. ). Ce qui met l'accent sur la responsabilité professionnelle de l'enseignant, mais aussi sur la formation qui lui permettra d'atteindre au mieux ses objectifs.

Cordialement,
Françoise Appy, enseignante française.3e.voie.free.fr

Le 22/02/2010 à 08:39:49, Claude Roshier a dit :

Cette manière de tout ramener à un slogan m'irrite quelque peu. Probablement que les élèves ont plus de chances de réussite avec un bon enseignant, mais mon expérience m'enseigne différentes réserves: qu'est-ce qu'un bon enseignant? pour qui un enseignant est-il bon, pertinent? quand cette mesure est-elle prise (par rapport à l'enseignant, par rapport aux apprenants)?
Je suis convaincue que le système actuel ne correspond pas aux réalités actuelles. Par exemple, une enseignante peut faire parfaitement bien son travail selon les normes actuelles, mais en fait broyer une enfant (je le vis actuellement avec une filleule).
La prise de responsabilité personnelle dans notre métier est un axe important trop souvent méconnu, caché derrière un éclatement structurel: à qui la "faute"? qui est responsable de l'entier de l'élève? les parents, l'école (mais qui dans l'école), la société, l'élève lui-même dans notre regard sur l'autonomie imposée?

Oser dire que l'enseignement, le système en son ensemble est la reflet de la société n'est pas très acceptable: et si cela était moins faut qu'il n'y paraît? peut-être que les enseignants pourraient oser réfléchir autrement et se sortir des ornières où les bien-pensants les poussent.

Quoi que: combien sont-ils à tous les jours oser prendre des chemins de traverses? c'est peut-être grâce à ceux-là que le système permet encore à des élèves de s'en sortir…. malgré tout… Alors oui, le système est important, mais heureusement pas déterminant parce que constitué de personnes responsables qui font leur travail sérieusement. Et cela est précieux, très précieux. Alors oui, il faut modifier ce qui est, l'adapter intelligemment à la réalité. Mais bien des enseignants le font déjà.

Faut juste pas l'oublier….

Le 21/02/2010 à 02:27:50, thomas68 a dit :

Il semble qu'une des fonctions du système est de définir le «bon» du «pas bon» élève. On mesure cela par les évaluations, les sélections, les examens, les remarques, les appréciations etc.
Il est intéressant d'observer que l'ultime évaluation des élèves et de l'école, se manifeste dans l'opinion publique, dans l'image véhiculée par les médias, dans les communiqués du patronat etc. Ainsi, aujourd'hui il est largement admis que les élèves sont moins bons et que le système est donc moins bon. Vous pouvez sortir toutes les données scientifiquement établies qui prouvent le contraire, vous aurez bien du mal à redresser ce constat de la société: «Le niveau des élèves baisse».

Revenons maintenant à la question. Sommes-nous capables de voir que c'est le système et lui seul qui définit la réussite et l'échec de l'élève, que c'est ce système qui mesure la réussite et l'échec. Et ce système, qui le crée? Nous bien sûr! Il n'est pas immuable bon sang! Il est enfantin de créer de la réussite et de l'échec. Penchons-nous ne serait-ce qu'une fois sur les barêmes des ECR, c'est édifiant! Penchons-nous aussi sur nos propres critères d'évaluation et comme nous avons besoin qu'ils se conforment au système, c'est instructif.

Un bon enseignant est-il alors un enseignant qui sait bien s'adapter au système? Ou alors est-ce quelqu'un qui fait fi de la réussite et de l'échec au profit du goût de l'apprentissage? Un élève qui garde le goût d'apprendre plus que 9, 12 ou 15 ans de sa vie n'est-il pas un élève qui a réussi? Malheureusement, le système scolaire enseigne aux élèves surtout à réussir ou pire encore, à éviter l'échec. Il ne leur enseigne pas la passion, le bonheur d'apprendre, aimer observer, découvrir, discerner, la saveur de la vie. A moins que…

Bon, pour finir, on pourrait jouer à «Un enseignant presque parfait», les adultes adorent mettre des notes (comme à leur époque…).

Le 19/02/2010 à 14:47:53, JIMHA a dit :

@COD-COI
Il est surprenant de réduire les questions que pose le "système" à ce que l'on pourrait qualifier de détails (la question des moyens d'enseignement étant réservée).
Ce qui semblerait d'abord utile de discuter est l'architecture générale de la maison. Les questions qui concernent la disposition des pièces et la manière de faire le ménage devraient intervenir dans un second temps!

Le 18/02/2010 à 19:48:53, COD-COI a dit :

La qualité du maître est certes très importante. Mais elle ne détermine pas totalement celle de l'élève. Elle ne le fera qu'en partie, que pour un tiers au plus, ou pour un quart voire moins encore si l'on se permet des estimations difficiles. Le maître fait avec ce qu'il reçoit…

Par ailleurs, le système joue un rôle non négligeable. Et bien que le maître puisse contrecarrer pour une part notable les effets négatifs d'un système problématique, il n'en reste pas moins que le système joue un rôle important. Un mauvais système induira des chicanes pour le maître, pourra saper son autorité, rendra ses exigences vaines, etc. Un mauvais système peut en fin de compte empêcher un maître de faire bien son travail.

Le système vaudois actuel pêche déjà par nombre de caractéristiques voulues par la direction radicale puis socialiste de l'école depuis plusieurs décennies :

- les critères de promotions de la 7e à la 9e sont trop lâches. On peut avoir 6 fois des 3,25 de moyenne et des 3,75 ailleurs (les fameux trois points négatifs)
- il n'y a plus de notes d'ordre, d'organisation et de respect des règles (le maître a la seule obligation de remplir un espace dévolu aux nombres d'absences!)
- le carnet de notes est confus. On n'a plus les moyennes de chaque année scolaire dans un joli bulletin que l'on conserve d'année en année. En cela, on n'aide pas les enfants à se structurer, à voir clair.
On peut aussi relever des problèmes pédagogiques, parmi d'autres :
- l'absence d'un programme clair, aux exigences claires, empêche le bon enseignant de fixer les objectifs avec netteté. Ainsi le PEV, comme le futur PER, ne sont pas précis. On parle pour la 6e de « pronominalisation » et c'est tout! Mais de quels pronoms s'agit-il, dans quelle configuration, etc.? Rien n'est précisé…
- les manuels de français, pour parler de ceux-là - mais on pourrait dire de même pour les maths ou les langues vivantes - sont assez lamentables. Pas structurés, pas clairs, incomplets, pas systématiques, pas progressifs. Ils rendent l'apprentissage moins aisé et mettent en danger avant tout la formation des élèves venant de milieux défavorisés dont les parents ne peuvent pallier les insuffisances de l'école.
- la terminologie grammaticale en français a scandaleusement été cassée avec la catastrophique réforme de Maîtrise du français, qui a été un gâchis financier et pédagogique pour le Canton de Vaud dont il serait intéressant de mesurer l'ampleur… Les élèves ont toutes les peines du monde à identifier par exemple et à nommer les COD et COI, qui pourtant sont les compléments accusatif et datif si importants de la phrase.

Bref, on le voit, le système est aussi très important. C'est pour cela que la réforme hasardeuse et irréaliste de Mme Lyon risque de provoquer encore plus de dégâts pour les enfants et les jeunes de notre canton. Les socialistes feraient mieux de se battre pour que les salaires soient plus équitables, plutôt que de contribuer à priver les nouvelles générations de savoirs solides et de la connaissance de notre patrimoine culturel comme ils s'y adonnent avec rage depuis des années…

Le 17/02/2010 à 09:42:27, Maag Jean-Pierre a dit :

C'est trop facile: Cela suppose que l'élève n'a aucune part active, puisqu'il suffit que l'enseignant soit bon, sans autre condition. Cela va donc à l'envers de toute réalité de l'apprentissage puisque celui-ci se réalise dans l'action; la simple présence passive ne suffit pas!

A l'extrême, pourquoi mettre des élèves dans les classes puisqu'il suffit d'avoir de bons enseignants?

Le 17/02/2010 à 08:42:47, Jacques Daniélou a dit :

@PALIKHOU
Le lien proposé est actif. Pas de souci et merci de cette contribution.

Le 16/02/2010 à 23:53:32, Palikhou a dit :

ben non!

Le 16/02/2010 à 23:52:34, Palikhou a dit :

Le site ecole durable a tronqué l'adresse donnée dans l'article plus bas, voici donc le lien entre guillemets en espérant que ça passera :
"www.3evoie.org

Le 16/02/2010 à 23:48:41, Palikhou a dit :

Une fois encore une question est posée sur le ton de la provocation et met les enseignants dans l'embarras pour y répondre. Il ne faut pas que les maîtres se sentent remis en cause dans leur légitimité par cette affirmation. Même si d'autres facteurs entrent en considération dans l'équation pédagogique, "l'effet enseignant" prend indéniablement une part très importante dans les mécanismes d'apprentissage, comme le relève cet excellent texte de Gauthier/Martineau 1998 dont on peut lire l'intégralité à l'adresse :
www.3evoie.org
et dont voici un extrait :

Introduction :

Depuis le tout début du XXe siècle, nombre de partisans de la pédagogie nouvelle ont tenté de révolutionner complètement les manières d'enseigner dans les écoles. Leur tentative n'a toutefois pas été couronnée de succès. En effet, même si toutes sortes d'approches ont été expérimentées (Freinet, Montessori, Skinner, Freire, pédagogie différenciée, ouverte, libertaire, etc.), il reste que le principal vecteur de la pédagogie demeure, somme toute, assez classique. L'enseignement dispensé dans la majorité des écoles continue de présenter une couleur générale plutôt traditionnelle à laquelle se superposent quelques teintes innovatrices (Cuban, 1993). Il y a sans doute de nombreuses raisons à cela et peut-être, il faut l'avouer, une sorte de sagesse dans le scepticisme et la résistance des enseignants à chambarder complètement leurs façons de faire et à adopter, sans coup férir, les approches pédagogiques à la mode. Ces dernières s'écartent en effet beaucoup du modèle d'enseignement classique, ce qui vient modifier considérablement le rôle des enseignants, leurs savoirs, leur savoir-faire et leurs attitudes. Or, la plupart ne sont pas prêts à transformer à ce point leurs façons d'agir, car, il faut le reconnaître, bon nombre de leurs pratiques sont excellentes, ont défié le temps et ont acquis une certaine pertinence dans leur milieu de travail. En outre, il convient de mentionner que l'efficacité même des approches pédagogiques nouvelles n'a pas toujours fait l'objet de vérifications réelles. Fréquemment, l'enthousiasme des partisans a servi de miroir aux alouettes, ce qui a masqué la validité réelle de leurs approches et culpabilisé les enseignants qui vivaient une sorte d'inconfort ou avaient des doutes à leur sujet…

Le 16/02/2010 à 21:22:23, Pas d'accord a dit :

Donc si mes élèves ne sont pas tous "bons", ce serait de ma faute… Peut-être tel jour à telle période, oui, mais pas tout le temps, sinon je pose les plaques!

Ce qui m'étonne, c'est le nombre d'enseignants qui ont voté "D'accord". Ils doivent sûrement tous être très bons, ou en tous cas ils pensent que lorsqu'ils le seront ils n'auront plus de mauvais élèves… C'est bien d'être un tant soit peu idéaliste pour exercer ce -beau- métier, mais quand même.. Enfin, l'espoir fait vivre, continuez à adhérer à cette belle affirmation si cela vous motive, mais pour ma part je pense que JIMHA a raison et que nous n'avons malheureusement pas la baguette magique.

La question à se poser serait plutôt "Qu'est-ce qu'un bon système?", et la réponse serait très complexe, car il faut que le système tienne compte justement des réalités diverses de "l'environnement professionnel des enseignants et familial de élèves". D'où l'idée que le système doit être souple et évolutif, et non indifférent comme cela apparaît dans la question du sondage.

Par contre si on remplace les deux "bons" par deux "mauvais", je suis tout à fait d'accord avec l'affirmation… et je prends mes responsabilités!

Le 15/02/2010 à 15:09:09, JIMHA a dit :

Serait-ce donc sous-entendu par cette question le fait qu'un élève en difficultés doit celles-ci d'abord à l'incompétence de ses enseignants?

Certes, il existe des enseignants plus attentifs, plus empathiques, plus à l'écoute que d'autres.
Cependant, aussi sérieux et amical que puisse être l'enseignant, celui-ci agit au sein d'un système donné.
Dans une école sélective, l'enseignant se doit de se plier à l'exigence institutionnelle. Dans une école où le redoublement est considéré comme un bon remède, sera suspect celui qui n'administre jamais cette potion.
Pire, se heurtant à des valeurs qui ne sont pas les siennes, certain enseignant pourrait se trouver en port-à-faux avec les élèves ou les familles.

Enfin, qui décide qui est un "bon" ou moins bon enseignant…? Les élèves? Les familles?
Faute d'évaluation concrète et organisée du travail des enseignants (qui agissent par ailleurs souvent en équipe et sont tributaires du passé scolaire des élèves dont ils ont la charge), cette question reste sans objet.
Elle est même dangereuse, dans ce sens qu'elle délégitime celles et ceux qui estiment que c'est d'abord le système qui autorise ou non la réussite.
Elle participe de plus à renvoyer les individus à leurs seules et uniques responsabilités personnelle. Elle fait fi de l'environnement professionnel des enseignants et familial des élèves.


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