La suppression de la sélection précoce gommera-t-elle les inégalités ?
Par
Nicolas Reymond, Jessica Scalvenzi & Cindy Stampfli,
étudiants à la HEP-VD
Commentaires (3)
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Que trouveront comme astuces certains employeurs pour remplacer la mention "VSO s'abstenir" dans les offres d'emploi si les filières disparaissent ?
En effet, à l'heure actuelle, certaines offres d'emploi comportent la mention "VSO s'abstenir". C'est pour lutter contre cette tendance et les inégalités qui en découlent qu'un nouveau projet de loi a été mis sur pied.
Mais ces inégalités ont-elles toujours été présentes ?
Petit retour historique
A notre connaissance, la toute première sélection précoce mise en place en Suisse fut celle qui permettait aux élèves de 4ème ayant d'excellents résultats scolaires d'accéder au collège, qui était l'établissement réservé à l'élite ayant les moyens financiers de payer cette école. Cela impliquait donc de faire partie d'une classe sociale favorisée.
Puis la voie appelée prim'sup fut créée en 1906 afin de palier à cette inégalité des chances. Elle permettait aux élèves travailleurs de milieu social inférieur de suivre une formation plus complète, s'ils en avaient les capacités. Dans un deuxième temps, afin de diminuer encore les inégalités, le collège devint gratuit dès 1961 dans le canton de Vaud.
La sélection précoce avait pour but d'orienter les élèves dans trois voies différentes. Cela se passait comme suit : une première sélection avait lieu en 4ème afin d'orienter les meilleurs élèves au collège. Il n'y avait pas d'obligation et seuls ceux qui avaient les résultats suffisants par rapport au barème cette année-là pouvaient accéder à l'examen. Il était bien entendu indispensable qu'ils le réussissent. Lorsque cela n'était pas le cas, ils continuaient leur scolarité primaire en 5ème année où une autre chance était offerte. En effet, à la fin de cette année, un deuxième examen de sélection avait lieu dans le but d'aller en prim'sup. Il était également nécessaire de le réussir. Les enfants qui échouaient aux deux examens poursuivaient leur scolarité primaire jusqu'en fin de 9ème année. Ils n'étaient aucunement stigmatisés et trouvaient tout aussi facilement du travail que ceux ayant poursuivi des études supérieures, ce qui n'est pas le cas pour les élèves sortant de l'actuelle VSO. Aujourd'hui, les élèves terminant leur scolarité dans la voie la plus basse ont beaucoup de peine à trouver un apprentissage au vue de la réputation de cette filière. De plus, les exigences des employeurs sont toujours plus grandes en matière de formation.
Tronc commun, voie unique ou filières ?
Nous pouvons constater qu'il n'est pas possible de parler de sélection précoce sans parler des voies ou filières. En effet, la sélection n'a lieu d'être que dans le cas où l'on oriente les élèves. Dans le cas du tronc commun ou de la voie unique, nous voyons que la sélection n'a pas de sens et n'existe donc pas. Cela concerne la majorité des pays d'Europe qui fonctionne soit avec le tronc commun soit avec la voie unique. La Suisse, l'Allemagne, l'Autriche et les Pays-Bas sont les derniers pays d'Europe, à notre connaissance, à fonctionner avec le système des filières.
Aujourd'hui, le nouveau projet de loi vise à troquer ses filières contre le tronc commun à deux niveaux. Cette démarche a pour but de nous rapprocher du modèle de nos voisins les Finlandais dont on nous prône l'efficacité. Or, prend-on vraiment en considération le brassage culturel de notre pays ?
Sans oublier les inégalités sociales de notre pays qui jouent forcément un rôle dans cette école élitiste. N'étant pas sur un pied d'égalité, chacun veut mieux réussir que son voisin pour atteindre la classe sociale la plus élevée possible. C'est un problème que ne rencontrent pas nos voisins les Finlandais ! Ils n'ont pas besoin de se battre pour avoir une place sociale correcte, chacun est quasiment sur un pied d'égalité.
Pisa 2006
Lors de la conférence de Mme Lyon, nous avons appris que la Suisse était moins bien classée aux résultats PISA que les pays qui ont un tronc commun. Mais est-ce vraiment la faute aux filières si l'on est si mal classé comme le laisse entendre Mme Lyon ? Et en réalité, sommes-nous réellement si mauvais ?
D'après les résultats PISA 2006 que nous avons lus, nous sommes 13 ème sur 57 pays qui participent à l'étude. La Suisse a des résultats supérieurs à la moyenne de l'OCDE. Nous avons également pu constater que des pays ayant le tronc commun sont très largement en-dessous, voire n'atteignent même pas la moyenne. En outre, d'autres pays fonctionnant avec le système des filières sont situés dans le haut du classement. Les Pays-Bas sont par exemple dans le top 10. Donc, les filières sont-elles vraiment en cause ?
Qu'en pensent les enseignants ?
Nous avons relevé des points de vue différents selon le cycle d'enseignement. En effet, d'après nos interviews, les enseignants primaires sont plutôt favorables à un tronc commun, car le système de différenciation est utilisé au quotidien dans leurs classes et ils y sont habitués.
Les enseignants travaillant au CYT sont par contre plus attachés au système de filières, car en fin de 6e année, les différences de niveaux entre les élèves sont telles qu'il leur devient quasiment impossible d'adapter le niveau pour chacun. Mais d'après les témoignages recueillis, ils ne seraient pas contre le nouveau projet, pour autant qu'il soit bien organisé.
A l'opposé, certains enseignants secondaires en voie baccalauréat seraient moins enclins à accepter le nouveau projet. Selon une enseignante, abandonner le système de filières serait injuste pour les bons élèves, car selon elle, ceux de VSO resteraient "les déchets". Elle pense qu'il vaut mieux continuer à encourager l'élite. En ce qui concerne le secondaire en général, ce changement engendrerait une forte charge de travail car elle implique de mettre en place la différenciation à une grande échelle, ce qui n'est pas moindre.
Et les élèves ?
Les élèves qui subissent actuellement l'orientation ont une énorme pression sur leurs épaules. On leur demande d'être au maximum de leurs capacités pendant deux ans, d'avoir déjà choisi un avenir professionnel et surtout de ne pas aller en VSO !
Les principaux intéressés sont parfois tellement sollicités par leur entourage scolaire ou familial, qu'ils mettent leur santé en danger. Mais il ne faut pas oublier qu'ils ne sont encore que des enfants.
Notre avis
Le nouveau projet nous paraît intéressant. Nous pensons en effet que la sélection précoce peut être un moment difficile à vivre pour les enfants et pénalisant surtout lorsque ceux-ci n'ont pas de projets d'avenir. Ils ne se rendent encore pas compte de l'ampleur de cette étape. Les étiquettes sont si fortes que leur avenir est quasiment tracé dans leur tête et celle de leurs parents. Ils ignorent souvent qu'il est possible de modifier leur parcours et de parvenir à leur but. Mais lorsque l'on est en VSO, on a de la peine à croire que l'on peut aller à l'Université.
Mais ce projet a tout de même des zones d'ombre. La suppression des filières, d'où résulte la suppression de la sélection précoce, va-t-elle réellement relever le niveau général sans pénaliser les élèves ?
Nous pensons qu'il est nécessaire de modifier le statut de la VSO mais le tronc commun est-il la solution au problème ? Nous pensons qu'il y a un problème plus profond qui est encré dans notre société.
Nous ne sommes pas convaincus non plus, pour reprendre les dires de Mme Lyon, que nous seront meilleurs aux tests PISA en échangeant nos filières contre le tronc commun.
Qui nous dit qu'avec le tronc commun nous ne serons pas moins bons ?
Références :
Sites
Pisa
Wikipédia
http ://www.oecd.org
L'Ecole vaudoise de 1803 à 2003 : quelques faits et décisions historiques : http ://www.publidoc.vd.ch
Articles
Ecole de la réussite : Christine Sözerman, Edouard Montagrin, José Ticon. Mai 2008
Livre
Forster, S. (2008). L'école et ses réformes. Lausanne : le savoir suisse
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