Quelle école pour demain ?

Par Julie Foucard,
maîtresse généraliste stagiaire en dernier semestre de formation à la HEP.

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A l'heure du retour concernant l'avant-projet de loi sur l'enseignement obligatoire de Mme Lyon, de nombreuses questions subsistent. En tant qu'enseignante prochainement diplômée en dernier semestre de formation, je m'interroge sur ce que sera l'école de demain et en quoi notre quotidien d'enseignant en sera modifié.

Le rapport de consultation établi par la DGEO met en évidence les choses suivantes  : les trois grands enjeux de cette nouvelle loi scolaire demeurent problématiques. En effet, le redoublement, la suppression des filières au profit de niveaux et l'école inclusive et intégrative suscitent de nombreuses réserves, que ce soit de la part des partis politiques, des établissements de la scolarité obligatoire ou des syndicats des professionnels de l'enseignement. Même si la volonté des initiants de l'avant-projet de la LEO est louable (qui ne souhaiterait pas offrir une école plus équitable aux futures générations ?), de trop nombreux points mériteraient une clarification.

En premier lieu, j'ai été passablement surprise lors de la présentation faite de l'avant-projet de loi par la cheffe du département de l'enseignement obligatoire. L'opacité des raisons tangibles qui fondent les choix de cette nouvelle loi (les études, recherches, statistiques relatifs au redoublement ou au système de filière unique notamment) n'ont pas été mentionnées. Il y a eu PISA, bien sûr, et quelques statistiques concernant les ECR. Ces deux éléments ne peuvent pas, selon moi, justifier une refonte complète du système scolaire vaudois. Effectivement, un certain nombre d'élèves ont des résultats extrêmement faibles en lecture à la fin de la scolarité, ce qui est très inquiétant. Effectivement, nous ne sommes pas les meilleurs au niveau suisse. Ces questions méritent toute notre attention  : nous devons nous interroger quant à ces résultats et tenter d'y répondre avec des outils pédagogiques appropriés, ceci afin de former les citoyens de demain. Je suis quant à moi convaincue que les maîtres font de leur mieux dans leur travail quotidien avec les moyens qu'on leur donne.

Cela justifie-t-il cependant que l'on cherche à imiter la Finlande ? Un système à filière unique serait-il la panacée en matière d'éducation ? Que dire du système français qui permet à tout à chacun de faire des études ? Le système finlandais est-il réellement transférable tel quel ? Que fait-on de la culture propre à un pays ? Malheureusement, la réalité n'est pas si simple  : la population et la culture n'étant pas les mêmes, il semble difficile de comparer et de transférer un système scolaire dans un autre.

Le redoublement

En ce qui concerne le redoublement, de nombreuses recherches prouvent que cette mesure n'est de loin pas efficace pour une majorité d'élèves, qu'elle contribue au contraire à le démotiver, à réduire l'estime qu'il a de lui-même et même à le conforter dans son sentiment d'incompétence (pour des informations plus précises concernant l'échec scolaire et le redoublement, l'ouvrage de (Crahay, 2007) est très intéressant).

Lors des différentes conférences des maîtres auxquelles j'ai participé, le sujet du redoublement était particulièrement sensible. Pour de nombreux collègues, il peut être bénéfique  : « Certains enfants ne sont pas prêts, ils ont besoin de plus de temps pour mener à bien leurs apprentissages » ; d'autres s'interrogeaient  : « Que faire si un élève des premiers degrés primaires ne sait pas lire ? Est-ce raisonnable de le laisser passer dans le cycle suivant malgré ces lacunes ? ». Le redoublement sans limite n'est pas, à mon avis, une bonne idée. Pourquoi ne pas simplement laisser les professionnels décider ? Ces derniers, de par leur formation et leurs compétences sont capables de faire un bilan de la situation de l'élève et de faire le choix adéquat. Bien évidemment, l'enfant et les parents doivent pouvoir prendre part au processus menant à cette décision.

Le système de filières

Les élèves ne perçoivent pas les filières comme quelque chose qui va leur permettre d'apprendre selon leur rythme mais plutôt comme une « punition » s'ils ne vont pas en VSB. Etant actuellement en stage au CYT en 5ème année, je me rends compte de la pression qui est mise sur les enfants à cause de la sélection en fin de 6ème année. La semaine dernière, une bonne élève a reçu un 4,5 en conjugaison. Elle a pleuré pendant 2 périodes  : cette note faisait baisser sa moyenne de 6 à 5,5 et elle serait obligée de cumuler deux 6 lors des prochains tests pour se remonter. Elle m'a confié que sa mère allait la disputer parce que cela risquait compromettre son passage en VSB. Un autre enfant m'a dit que « vu mes notes, j'irai en VSO. Mon père m'a dit que je ne serai bon qu'à récurer les toilettes, que je ne pourrai rien faire d'autre plus tard ».

Si l'on ne change pas le système de filières, une revalorisation de la VSO paraît indispensable. Le système à niveau permettra-t-il d'éviter cet écueil ? Ou parlera-t-on à nouveau de « bons » et de «  mauvais » élèves selon le niveau auquel on se trouve ? Comment fera-t-on pour définir si un élève peut accéder à l'école de commerce ou au gymnase ? Les élèves seront-ils réellement mieux outillés pour accéder au monde du travail ?

Là aussi, Mme Lyon n'a pas su répondre à ces questions et aux manières concrètes dont les niveaux seront organisés pour que l'on ne tombe pas dans cette dichotomie « haut niveau et bas niveau », ce qui finalement ne changerait pas grand-chose à la situation actuelle.

Le travail dans une classe « ordinaire »

Dans les classes dites « ordinaires », il s'avère déjà parfois difficile de gérer l'hétérogénéité des élèves qui nous sont confiés  : il y a de nombreux élèves allophones, en grande difficulté scolaire, à haut potentiel, sans oublier ceux souffrant de troubles du comportement, … Il existe de grands écarts entre les enfants qui sont déjà visibles au CYT. Ce n'est pas facile, lorsque l'on débute, de s'adapter et d'adapter notre enseignement à chaque élève pour qu'il puisse apprendre à son rythme et que les plus rapides y trouvent également leur compte.

Nous avons eu de nombreux cours traitant de la différenciation et de sa mise en œuvre dans les classes durant notre formation à la HEP. Malgré tout, il n'est pas si évident de le faire au quotidien, cela demandant un investissement important et de nombreuses heures de travail. Des collègues expérimentées m'ont rassurée  : elles ne pratiquent pas la différenciation pour toutes les activités qu'elles mènent en classe, ce ne serait humainement pas possible.

Enseignant actuellement le français, je trouverais utile de pratiquer le co-enseignement, ne serait-ce que 2 périodes par semaine  : la classe pourrait être divisée en deux avec un enseignant pour une demi-classe, pour l'expression écrite et la lecture notamment (on constate souvent de grands écarts entre les élèves à ces niveaux-là). Un encadrement plus serré permettrait de repérer avec plus de précision les difficultés des élèves et d'y répondre concrètement. Me rendant compte des difficultés rencontrées par certains enfants, je souhaiterais avoir plus de temps pour eux et les encadrer par petits groupes. J'y arrive de temps en temps  : la majorité de la classe suit un plan de travail et je prends un petit groupe d'élèves avec lesquels nous travaillons sur une notion ou une difficulté particulière, que ce soit la compréhension d'une consigne, les stratégies de lecture ou l'application d'une règle d'orthographe. Bien évidemment, on peut réaliser cela avec toute la classe mais certains élèves auront besoin de plus de temps et d'explication pour apprendre ce qu'on leur propose. Malheureusement, au CYT, les nombreux tests communs, la pression concernant la réalisation du programme et l'orientation nous obligent à avancer « quoi qu'il arrive », même si l'élève n'a pas pu assimiler tout ce qu'il était censé apprendre.

L'intégration d'élèves à besoins particuliers

Comme on peut le voir, il n'est déjà pas si facile de répondre aux besoins des élèves qui nous sont confiés dans des classes dites « standards ». Le projet de loi proposant l'intégration de la quasi-totalité des élèves vaudois, parviendra-t-on à prodiguer un enseignement de qualité ? Quels seront les réels moyens dont nous disposerons pour encadrer ces élèves à besoins particuliers sans que cela prétérite le reste de la classe ?

Lors d'un cours à la HEP, nous avons eu l'occasion de voir la vidéo d'un élève trisomique intégré dans une classe de 4ème année, ceci durant la moitié du temps de classe. Il bénéficiait d'un programme différencié et d'un tutorat de la part de ses camarades, qui l'aidaient à réaliser un certain nombre d'activités. Il y avait, durant la classe, de longs moments où il attendait à sa place sans rien faire, ne parvenant pas à réaliser des activités de manière autonome. Cela donnait l'impression qu'on le laissait là, à attendre. Les plus cyniques me répondront  : « Ce n'est pas grave, il ne dérange pas les autres ». Est-ce vraiment cela que l'on souhaite ?

Une question me taraude  : que fera-t-on d'un élève qui aurait un niveau scolaire de 1ère primaire (cela étant dû à un certain nombre de déficiences) mais qui devrait être en 5ème année ? Va-t-on le mettre avec des camarades du même âge, même s'il n'est pas en mesure de suivre les activités de la classe ? Comme cet élève va-t-il percevoir le fait d'être en tel décalage avec ses pairs ? L'intégration ne me paraît pas être une mauvaise idée en soi. Il faudrait définir plus précisément quels sont les élèves pour lesquels ce serait réellement bénéfique et comment ces derniers seraient encadrés dans le quotidien de la classe.

Pour conclure…

Le métier d'enseignant, passionnant s'il en est, n'en demeure pas moins complexe et parfois difficile. Pour que les maîtres puissent faire leur travail correctement, ils doivent pouvoir bénéficier d'une structure adaptée et de ressources mises à leur disposition  : formation supplémentaire, accompagnement par de la supervision, co-enseignement dans le cadre de la classe, etc. La mise en place d'un nouveau système scolaire supposerait qu'une grande majorité des partenaires de l'école soient preneurs et formés pour réussir à effectuer un changement d'une telle envergure. Le cas d'EVM, lui aussi pétri de bonnes intentions, a prouvé que le flou à la base du projet (il n'y a pas eu de phase test avant la mise en œuvre notamment) peut s'avérer être un échec cuisant. Les politiques ont-ils consulté le bilan de la mise en œuvre d'EVM ? Ne devrait-on pas le faire avant de proposer de nouveaux changements ? A bon entendeur…

Bibliographie

Crahay, M. (2007). Peut-on lutter contre l'échec scolaire ? Bruxelles : Editions De Boeck Université.