Des filières ou des niveaux, les paris sont ouverts !

Par Diane Golaz & Stéphanie Reckward,
étudiantes à la HEP-VD

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Février 2010, début de stage à la HEP  : en entrant pour la première fois dans la salle des maîtres, nous sommes tombées nez à nez avec de nombreux tableaux qui présentaient l'avant-projet de loi sur l'enseignement obligatoire, avec des colonnes spécifiques pour que les enseignants puissent y faire part de leur avis (pour, contre, sans avis).

Mais qu'est-ce que cet avant-projet de loi et que fait-il dans la salle des maîtres ? Fin 2009, le DFJC a mis en consultation son avant-projet de loi (LEO) auprès de divers organismes (établissements scolaires, syndicats, partis politiques, APE, …).

Futures enseignantes du CYT, nous avons été interpellées par un point délicat de la LEO  : l'organisation du degré secondaire et plus particulièrement les niveaux. En effet, avec le système actuel, nous serions amenées à orienter nos élèves dans un système à filières, dont la VSO qui a très mauvaise presse.

La LEO propose donc d'introduire un système à deux niveaux pour quelques disciplines (français et mathématiques) dès la 7ème actuelle, soit la 9ème sous HARMOS. Ces niveaux ont pour but de scolariser les élèves le plus de temps possible ensemble ce qui a pour conséquence de réduire les inégalités sociales (Suchaut, 2008). De plus, ce système permettrait de mieux tenir compte de l'évolution des compétences des élèves, étant donné que le transfert d'un niveau à l'autre serait plus aisé que d'une filière à l'autre.

Mars 2010, les tableaux ont quitté la salle des maîtres, la consultation avait pris fin. Le rapport de cette consultation a paru fin avril sur le site du DFJC associé à des articles dans la presse.

Que nous révèle ce rapport quant au système à niveaux ? « Si les avis sont majoritairement en faveur du système à niveaux, ils sont plus partagés sur les modalités de mise en œuvre de ce système […]. » Ceux qui ne souhaitent pas changer de système craignent « l'abandon de la notion de classe et du manque de temps pour s'occuper des élèves en difficulté (ou pour « pousser » les meilleurs élèves) ».

Nous l'avons compris, le système à niveaux est une organisation que les vaudois ne connaissent pas et donc, il fait peur… Mais ce système n'est pas si inconnu que ça. Il y a de cela trente ans, deux établissements du canton (Rolle et La Tour-de-Peilz) réalisèrent l'expérience de l'école à niveaux en zone pilote. Bien que concluante pour les enseignants de ces établissements, cette expérience n'a pas été retenue.

De plus, le système à niveaux existe déjà pas si loin de chez nous  : l'école valaisanne teste ce système depuis plusieurs années. Nous avons interrogé Monsieur Grandjean, Directeur d'un établissement valaisan (Saint-Maurice) qui mêle système à filières et système à niveaux. Nous lui avons demandé quels étaient selon lui les avantages et les inconvénients de ces deux organisations du secondaire  : « Les écoles à niveaux sont plus souples, c'est un système qui répond mieux aux compétences des élèves. Cependant, le suivi de l'élève demande plus d'énergie et plus de coordination entre les enseignants. Les écoles à filières permettent un meilleur suivi de l'élève. Cependant, ce système est rigide à un moment donné où prendre en compte l'évolution de l'élève est vital. Il ne faut jamais sélectionner trop vite. ».

En outre, les modalités de mise en œuvre du système à niveaux sont clairement définies chez nos voisins  : la limite entre les niveaux est fixée par la note et les demandes de transfert (sollicitées par le conseil de classe ou par les parents) font l'objet d'un dossier.

Ainsi, le frein principal à cette nouvelle organisation du secondaire semble être la méconnaissance de ce système. Effectivement, dans la LEO, la présentation du système à niveaux comporte un certain nombre de zones d'ombres. Pour que cette organisation voie le jour dans notre canton, il faudrait clarifier l'article de loi, tester le système dans des établissements volontaires et prendre exemple sur les écoles qui ont d'ores et déjà une telle organisation.

Si le système à niveaux fonctionne en Valais, pourquoi ne fonctionnerait-il pas chez nous ?