Faut-il rétablir les notes au primaire ?

Par Frédéric Badoux,
étudiant à la HEP-VD

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L'école d'antan et ses teintes sépia a encore de nombreux adeptes. Nostalgiques de l'institution scolaire des décennies passées, ceux-ci s'insurgent contre certaines pratiques de l'école actuelle, héritière directe de la réforme EVM dans le Canton de Vaud.

L'actualité met en lumière, depuis un certain temps, ces protagonistes qui ont élevé la voix afin de faire connaître leurs revendications, lançant dans la même foulée l'initiative « Ecole 2010  : sauver l'école ». Le débat autour de la réforme de la loi scolaire a ainsi été ouvert.

Au rang des nombreux griefs associés à l'école vaudoise, les initiateurs souhaitent un retour des notes au primaire. Ainsi, nos petites têtes blondes seraient évaluées par des notes de 1 à 6, demi-point et moyenne générale calculée au dixième compris ! Le but explicitement présenté étant d'offrir davantage de transparence aux élèves et aux parents.

Paradoxe suprême, lorsque la lecture de quelques ouvrages spécialisés en docimologie soulève que l'apparente précision d'une note chiffrée est souvent bien relative. Car, loin d'être une unité de mesure canonisée, la note dépend largement de l'évaluateur et subit de nombreux biais (fatigue, effet de halo, effet Pygmalion,…).

Sans être un fantasme, l'école a bel et bien existé avant l'arrivée de la note, comme l'expliquait déjà Olivier Maulini de l'Association Agathe en 1996. C'est seulement à partir du 16ème siècle que l'instruction, aux mains des Religieux, a souhaité récompenser les élèves les plus méritants. Il a dès lors été nécessaire de chercher un système permettant de classer les élèves en fonction de leurs vertus. Les notes, les prix, les médailles et récompenses devinrent alors à l'ordre du jour.

Puis, l'émergence de l'industrialisation au 19ème siècle a renforcé cette « philosophie » de l'évaluation du travail de l'élève. Il était alors primordial d'encadrer les masses (la main d'œuvre) et de sélectionner une élite. L'espace scolaire est alors devenu une machine à apprendre, mais aussi à surveiller, à hiérarchiser et récompenser (Foucault, 1975).

Car ne nous laissons pas avoir, il existe un fort lien entre la sélection scolaire et l'évaluation par notes. Les pratiques d'évaluation d'un système éducatif sont toujours subordonnées aux finalités poursuivies par ce même système, comme le soulignait pertinemment Malini.

Dès lors, on ne pourra pas reprocher aux partisans d' « Ecole 2010 » de manquer de cohérence puisqu'ils défendent, par la même occasion, le maintien du redoublement et la sélection en trois voies au secondaire. Leur idéologie a le mérite d'être sans équivoque…

Bien que les différentes appréciations actuellement en vigueur dans les degrés primaires ne soient pas des outils parfaits d'évaluation, elles ont l'avantage d'ouvrir une réflexion sur le niveau d'acquisition d'un élève par rapport à une compétence. Elles offrent l'opportunité de considérer le travail de l'enfant sous un autre angle, éloigné des calculs décimaux de moyennes propres aux apothicaires. Gardons à l'esprit que les appréciations peuvent également être l'occasion d'ouvrir un dialogue entre l'enseignant et l'élève, mais aussi et surtout, ses parents autour de l'investissement scolaire de l'enfant et de son développement global.

Puisqu'aucun outil d'évaluation « panacée » n'a encore vu le jour, offrons-nous le luxe de la réflexion quant à l'école que nous souhaitons offrir à nos enfants. Cela nécessite bien sûr de s'affranchir des repères scolaires liés à notre vécu et de lever certaines de nos résistances. La société évolue et le monde change rapidement, pourquoi devoir recourir systématiquement à des codes dépassés et relatifs à des valeurs discutables ?

Finalement, l'important n'est-il pas de mettre en place un cadre propice aux apprentissages, sécurisant et motivant pour les enfants et de s'adapter à leurs différentes spécificités ? Différencier plutôt que hiérarchiser, ouvrir plutôt que de catégoriser, car ne l'oublions pas « l'évaluation n'est pas la note, la note n'est pas l'évaluation » (Maulini, 1996).

Sources

Articles de lois modifiés par Ecole 2010. (2009) Récupéré le 2 mai 2010 de : http ://www.ecole2010.ch/liste_articles_modif.pdf

Qui a eu cette idée folle, d'inventer un jour (les notes) à l'école ? Olivier Maulini. (1996). Récupéré le 2 mai 2010 de  : http ://www.unige.ch/fapse/SSE/teachers/maulini/note.html

Foucault, Michel (1975). Surveiller et punir. Paris, Gallimard.

Cadre général de l'évaluation. (2008) Récupéré le 2 mai 2010 de  : http ://www.vd.ch/fileadmin/user_upload/organisation/dfj/sg-dfj/fichiers_pdf/CGE.pdf