L'intégration… une utopie ?

Par Laureline Eggel & Laetitia Roy,
étudiantes à la HEP-VD

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Une école plus intégrative, quel beau concept ! Mais qu'en pensent vraiment les divers intervenants du milieu scolaire ? Sous quelles conditions une telle intégration peut-elle avoir lieu ?

Dans le cadre de ce travail, nous avons interrogé différents acteurs de l'école :

Nous avons demandé à ces personnes de se prononcer sur les avantages et les limites d'une école plus inclusive.

Avantages

Selon le président de l'AVMES, cette intégration représente « une reconnaissance de la valeur de chacun quelles que soient ses difficultés. C'est un choix de société. »

La présidente de l'APE Vaud est convaincue que « Si l'école dispose des moyens nécessaires, l'intégration se fera au bénéfice de l'ensemble des élèves. » Toujours d'après elle, les enseignants seront amenés à différencier davantage leur enseignement, ce qui permettra à tous les élèves d'en bénéficier, « puisque par définition ils ont tous des besoins particuliers ».

D'après une enseignante du cycle initial, cela permettra aux élèves de mieux accepter les différences, d'être plus tolérant et d'améliorer leur estime de soi en venant en aide aux élèves intégrés. Elle pense également qu'une émulation scolaire aura lieu, en tout cas pour les élèves en difficulté. Elle estime que des élèves avec des problèmes comportementaux, en étant au contact avec d'autres élèves, auront sous leurs yeux un modèle de comportement "dans la norme", ce qui n'est pas forcément le cas en Institution.

Selon une enseignante du CYP1, cela permet à l'élève intégré « d'être en lien avec des élèves ne démontrant pas de difficultés importantes, ce qui peut être motivant et éviter le sentiment de ghetto ». Elle ajoute que cette intégration va confronter l'enseignant à « des difficultés autres, ce qui va l'amener à devoir trouver de nouvelles stratégies et développer des compétences sans doute restées en veille dans une classe sans élève intégré. »

Limites

Le président de l'AVMES estime que le bien-être ou le mal-être de la personne sera lié au lieu et aux conditions d'accueil.

Un texte de loi est, par définition, prescriptif. Si l'avant projet de loi est accepté, l'intégration sera donc imposée à tous les enseignants.

Mme de Kerchove pense que la mise en œuvre de cette intégration devrait se faire de manière progressive. Toujours selon elle, « seuls des enseignants motivés par ce genre de défi, disposés à se former et à se remettre en question, devraient se lancer dans l'intégration, sur une base volontaire car tout enrichissante que soit cette expérience, elle sera aussi difficile. C'est pourquoi il est impératif que soit aussi prévu un dispositif de supervision. »

Selon l'enseignante du CIN, les mesures intégratives risquent d'épuiser les enseignants. Elle précise qu'une plus grande différenciation implique une charge de travail supplémentaire. De plus, l'intégration demande du temps pour organiser et participer à des réseaux. En outre, elle se demande si les moyens humains et financiers seront mis à disposition. Elle souligne : « Je suis sceptique et j'ai peur qu'il n'y en ait pas assez. »

Enfin, elle craint que les élèves intégrés se trouvent trop souvent en situation d'échec et, de ce fait, s'épuisent et se découragent.

D'après l'enseignante du CYP1, l'une des limites provient des objectifs de fin de cycle et du rythme imposé. En effet, les compétences doivent être atteintes en un temps donné. Elle soulève une autre limite : « le partage des territoires ». Pour certains enseignants, « partager sa classe avec un autre adulte n'est pas toujours chose aisée. C'est montrer une part de son intimité. Ceci peut être très mal vécu et avoir certaines retombées sur l'ambiance du groupe classe. »

Questions en suspens

Le président de l'AVMES explique que « la question de l'intégration va mettre en évidence la capacité de l'école ordinaire à prendre en compte véritablement la différence, en opposition avec son mandat de sélection et la compétition qui en découle… »

Plusieurs personnes interrogées ont soulevé la question des moyens. Certains se demandent quels outils seront proposés aux enseignants en matière de formation.

L'enseignante du CYP1 s'interroge sur ce qui sera mis en place si un élève ne parvient pas à atteindre les objectifs du cycle après un maintien (cycle en trois ans). Elle se demande également « quels sont les critères qui permettront de dire qu'un élève en intégration peut passer dans le cycle suivant. »

En définitive, nous avons pu constater que les concepts d'intégration et d'inclusion n'étaient pas définis dans l'avant-projet de loi. Ils y sont utilisés comme synonymes. Le sont-ils vraiment ? Ce manque de clarté risque de créer des confusions, empêchant peut-être de prendre position en toute connaissance de cause. Nous pensons qu'il faudrait clarifier ces concepts, afin d'avoir une base commune pour débattre. En outre, comme certaines personnes interrogées, il nous paraît nécessaire de préciser les moyens qui seront mis en œuvre pour favoriser une intégration efficace de tous les élèves.

Une école inclusive, oui… Mais sous certaines conditions !