À propos des conférences d'Anne-Catherine Lyon

Par Jean-Louis Meylan,
enseignant

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Embarrassé devant l'obligation à laquelle sont astreints les enseignants de suivre les discours de la chef du DFJC, cette contrainte me rappelle de vieilles conceptions pédagogiques toujours défendues : le devoir accompli ou alors la punition. Un principe qui présente l'acquisition de la connaissance sous le signe d'une allégeance. Le rapport au savoir et à l'aventure pédagogique laisse place aux menaces. On désire un comportement extérieur conforme aux exigences d'un système. Le nombre d'auditeurs sera là, pas le cœur.

Ce mécanisme entretient une rupture. Un exemple : un document édité par la direction générale de l'enseignement obligatoire place la confiance comme une valeur fondamentale. Un organigramme permet de comprendre qu'elle est à la base de « l'investissement personnel de l'élève ». Ce qui est personnel est en principe le résultat d'une liberté de choix. Nous sommes au cœur de ce que l'École active appelait l'intérêt, processus à la base de l'autonomie. Pourtant, l'enseignant doit revivre une hétéronomie à la limite de l'infantilisme.

Cette fracture entre le déclaratif et l'effectif, pouvant se distinguer par de nombreux exemples, met les enseignants et les élèves dans des situations de doubles contraintes. Les premiers pouvant difficilement amener les seconds vers un rapport au savoir mobilisateur dès l'instant qu'ils ne sont pas en mesure de l'éprouver pleinement.

Les décideurs se persuadent que leurs discours s'articulent à la réalité, mais oublient ce que les pédagogues mettent en avant depuis des siècles : la confiance en l'élan créateur de chaque personne.

Un regard lucide sur notre système d'enseignement évitera de désigner des boucs émissaires. Le DFJC et Madame Lyon pérennisent tout au plus un mécanisme. Il s'agit d'une responsabilité collective. Parents, enseignants, politiciens doivent s'accorder pour donner une plus grande autonomie aux établissements scolaires et aux enseignants, afin que chacun puisse mobiliser sa créativité et produire du sens dans son activité didactique et sociale. C'est à ce prix que l'émergence du sens pourra restructurer notre système éducatif et cimenter les liens sociaux. L'enseignant pourra redevenir le représentant d'une société qui a confiance en son avenir.