Ce qui est en jeu

Par École durable

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Aujourd'hui, comme ses consoeurs du monde occidental, l'école obligatoire vaudoise doit répondre à de hautes exigences en ce qui relève de sa mission d'instruction. Dans une société où le secteur tertiaire tend à devenir exclusif, les formations professionnelles requièrent des compétences et des savoirs de plus en plus élevés.

Alors que le nombre de jeunes qui entreprennent des études au-delà du secondaire II augmente annuellement, les études internationales de type PISA montrent que près de 20% des élèves de notre canton ne possèdent pas, en fin de scolarité, les outils suffisants pour aborder leur qualité de futur citoyen et leur formation professionnelle.

D'autre part, les responsabilités éducatives dévolues à l'école croissent, elles aussi, de manière exponentielle. L'école est de plus en plus souvent considérée comme « l'atelier de réparation de la société ».

Deux approches qui s'opposent

Face à ces enjeux, deux approches des politiques scolaires tendent à s'affronter de manière souvent caricaturale. Certains font la promotion de « l'école du mérite » et celle d'une forme de compétition scolaire. Ils militent pour les notes, défendent le redoublement et les filières cloisonnées. Ils estiment possible de motiver l'élève en lui présentant la scolarité obligatoire comme un parcours en forme de course d'obstacles. Ils dénigrent les penseurs de l'éducation qui mettent en cause cette approche comme des « pédagogistes ». Dans le canton de Vaud, ce courant est en particulier représenté par l'AVEC (association vaudoise pour une école crédible) et l'ASPICS (association des parents intéressés et concernés par la scolarité).

D'autres font le pari de l'éducabilité pour tous. Ils estiment possible de faire cohabiter les élèves sans sélection jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire et proposent de supprimer le redoublement et de le remplacer par des mesures ciblées sur les difficultés de chaque élève. Ils ne considèrent les notes et les appréciations du travail des élèves que comme des indicateurs de la progression de l'acquisition de leurs savoirs. Ils défendent la pédagogie en tant que pratique susceptible de faire atteindre à tous les élèves les hautes compétences requises en fin de scolarité obligatoire. La Société pédagogique vaudoise (SPV) et l'Association vaudoise des parents d'élèves (apé-vaud) relèvent de ce courant de pensée.

1984-2009

En 1984, la Loi scolaire vaudoise instituait une orientation des élèves vers les filières du secondaire en fin de 5ème année du primaire. 12 ans plus tard, le peuple vaudois repoussait cette sélection en fin de 6ème année, par la création d'un cycle de transition de deux ans. La réforme de 1996, dite « École vaudoise en mutation » (EVM), renforçait, notamment, la définition des trois filières et solidifiait les voies de raccordement proposées à l'issue de la scolarité obligatoire. Alors qu'EVM contenait en promesse une meilleure prise en compte des potentiels de chaque enfant, des atermoiements sur la question de l'évaluation du travail de ceux-ci et une gestion très hasardeuse de la réforme — qui ne tint quasiment pas compte des conclusions des 12 établissements explorateurs — conduisirent les trois lettres d'EVM à symboliser, pour certains, la décadence de l'école vaudoise.

Dans ce contexte très tendu sont nées l'ASPICS en 2000 et l'AVEC en 2002. Ces deux associations, respectivement de parents et d'enseignants, se présentent comme« contre-réformatrices » et dénonçant en particulier les dérives « pédagogistes » et les pédagogies de la découverte.

Sur le front de la « guerre des notes », la paix est revenue à l'été 2004 par l'acceptation par le législatif vaudois d'un contre-projet à une initiative demandant un retour des notes et le retrait de celle-ci. Cependant, l'ASPICS et l'AVEC, estimant notamment que l'on se dirigeait vers une mise en cause des filières du secondaire I, ont lancé, en septembre 2007, une initiative intitulée « Ecole 2010 : Sauver l'école » qui propose une loi scolaire « améliorée » et rédigée de toutes pièces. L'initiative a été déposée en janvier 2008, forte de 16'000 signatures. Le texte propose, entre autres, la création d'une quatrième filière dite à « encadrement particulier » et le retour des notes et moyennes au dixième de point dès la première année du primaire.

Parallèlement, de tous bords, des voix se sont élevées pour dénoncer les difficultés particulières auxquelles était soumise la filière du secondaire I censée conduire vers l'apprentissage professionnel (VSO, pour Voie secondaire à options). La VSO, qui recueille les élèves en difficultés d'apprentissage, a parfois même, en raison de son aspect très stigmatisant, été qualifiée de « voie de garage ».

Enfin, divers textes déposés par des députés devant le Grand Conseil vaudois ont été renvoyés au Conseil d'Etat, celui-ci étant invité à préciser sa vision de la politique scolaire et l'avenir qu'il comptait réserver à la structure du secondaire I.

En 2008, le parlement du Canton de Vaud a ratifié l'accord intercantonal Harmos et la Convention scolaire romande. Plus récemment, il a adopté l'accord intercantonal relatif à l'enseignement spécialisé, qui oblige à une meilleure intégration des enfants porteurs de handicaps.

C'est dans ce contexte que le département de la formation, de la jeunesse et de la culture (DFJC) a mis en consultation, le 20 novembre 2009, un avant-projet de nouvelle loi scolaire. La dispute sur cet avant-projet devrait notamment porter sur la question du redoublement — remis en cause — et sur celle des filières, remplacées par des niveaux en français, en mathématiques, en sciences et en allemand. L'avant-projet propose par ailleurs de clarifier les droits et devoirs des élèves et des parents.